La liberté, c'est de pouvoir donner du sens à ce qu'on fait.

Audrey Julienne

« On m’a souvent proposé de louer un bureau, ma réponse est systématique: « pour quoi faire? » »

À l’origine de Boots & Cats, il y avait une petite agence de conseil en communication digitale: RDE Marketing, et avant même de se donner le titre pompeux d' »agence », c’était juste Audrey, ou plutôt Audrey-Julienne, comme ses amies l’appellent en plaisantant.

Une part geek, une part nomade, 100% entrepreneuse dans l’âme, cette « corporate fugitive » nous raconte ses débuts et l’envers du décor d’une vie qu’elle aime vivre en toute liberté.

Comment occupes-tu tes journées ? Qu’est-ce qui est différent dans ta manière de vivre ?

J’ai la chance infinie de pouvoir décider moi-même de ce qu’il va se passer dans mes journées. Peut-être pas le matin même, soyons honnêtes, mais mon agenda est construit autour de mes envies et des choses que j’aime faire: imaginer, créer, partager, accompagner, réfléchir, stratégiser, rechercher, envisager, échanger…

Je n’ai pas « un métier », j’en ai trois ou quatre. Je suis chef d’entreprise, co-fondatrice et gérante de Boots & Cats, c’est moi qui m’occupe de l’accompagnement et de la formation des entrepreneur.e.s-salarié.e.s, j’ai aussi la responsibilité de la vision stratégique et de la gestion d’une partie du portefeuille-client de l’agence. En parallèle, j’enseigne le marketing et l’entrepreneuriat, et j’accompagne des créateurs d’entreprise et des étudiants qui réfléchissent à leur thèse de fin d’étude. Enfin, je coach des personnes qui souhaitent transformer leur relation au travail et passer à d’un mode salarié classique à un mode plus « indépendant ».

Le tout, avec la plus grande liberté et dans le plus grand nomadisme possible. On m’a souvent proposé de louer un bureau, ma réponse est systématique: « pour quoi faire? »

Quand es-tu passée d’un style de vie traditionnel (métro-boulot-dodo) à une approche moins conventionnelle du quotidien ?

En 2008, je vivais à Philadelphie, USA. J’étais en charge du marketing pour les laboratoires Boiron sur le territoire américain. Je vivais dans le meilleur quartier de la ville, j’avais une chambre suffisamment grande pour contenir un lit à baldaquin (si, si…), je conduisais une Mustang rouge décapotable, je buvais des cocktails à $12, je partais à Los Angeles pour le week-end. Et… j’étais malheureuse.

J’avais sacrifié ma liberté. Quelqu’un d’autre me disait quand je devais me lever le matin, quoi faire, comment agir, ce que j’étais censée ressentir… Un matin, dans les bouchons, sur le chemin du travail, je me suis demandée comment j’en étais arrivée là. Comment j’en étais arrivée à faire un métier que je pensais vouloir faire, à gagner de l’argent pour acheter des choses dont je n’avais pas besoin, à travailler pour quelqu’un d’autre, selon leurs règles. Et à n’avoir aucun impact sur le monde.

Ma carte verte était en cours de traitement, je venais d’avoir une augmentation. Et donc, j’ai fait ce que n’importe quelle autre personne saine d’esprit ferait:  j’ai tout plaqué. J’ai rendu mon bel appartement sur Rittenhouse Square, j’ai vendu ou donné une partie de mes affaires, je me suis installée en colocation temporaire chez une copine, et je me suis mise à donner des cours de danse de salon. Puisque j’adore danser, autant gagner de l’argent à le faire plutôt qu’en dépenser, non?

Pour quelles raisons as-tu démarré ton activité?

Une fois passée de Rittenhouse Square à Queen Village, j’ai réalisé quelque chose d’important: je n’ai plus de boulot, plus de visa et aucune envie de rentrer en France. Heureusement, j’avais de vrais amis et ils m’ont aidé à trouver un bon avocat et à me lancer dans un pari un peu fou: m’auto-sponsoriser en créant une entreprise. C’est comme ça qu’est née ma première « agence »: Raison d’Être.

En quoi ce changement avait-il du sens pour toi ? Quel impact cela a-t-il eu sur ta vie ?

J’adorais l’énergie, j’adorais le challenge, j’adorais utiliser toute mon expérience et mon savoir issu de l’entreprise et l’appliquer à ce projet. J’adorais travailler avec de petites entreprises comme moi.

Et puis, j’adorais passer d’un endroit à l’autre de la ville, travailler depuis les cafés locaux, être au contact d’une communauté d’entrepreneurs locaux qui me ressemblaient.

Soudain, je vivais en colocation, je buvais de bières à $2 et je travaillais 12 heures par jour… mais je ne m’étais jamais sentie autant moi-même.

Comment ta famille voyait-elle ton futur ? Est-ce que ta nouvelle vie a été quelque chose qu’ils ont accepté facilement ?

Ça n’a pas été évident. Pourtant, mes parents sont entrepreneurs, mais je crois qu’ils imaginaient un autre genre de vie pour moi. Quelque chose de bien rangé avec un poste à responsabilité dans un grand groupe. Ils ont eu un peu de mal quand je suis partie vivre aux États-Unis, mais la pilule est passée parce qu’ils se disaient que ma carrière avait progressé au point que j’avais un poste de manager-cadre-supérieur, un bon salaire, des tas de responsabilités, une équipe qui travaillait pour moi… Ils n’ont jamais compris pourquoi je ne « mettais pas de l’eau dans mon vin » (quelle horreur…) et que je ne « m’accrochais pas à cet emploi ».

Lorsque je leur ai parlé de la création de Raison d’Être, ils étaient trop loin pour pouvoir faire quoi que ce soit pour m’en empêcher. Donc, ils ont baissé les bras et m’ont donné leur bénédiction. Maintenant que la boite tourne bien et qu’ils voient que non seulement j’en vis mais que je fais travailler d’autres personnes grâce à mon activité, je pense qu’ils sont un peu fiers. Bien que si tu leur demandais ce que je fais dans la vie, ils répondraient probablement que je suis prof… 😂.

Quelles sont tes principales sources de stress au quotidien ? Comment les géres-tu ?

J’ai presque honte de le dire, mais depuis quelques années, je suis très peu stressée. Au point que ça stress ma mère qui ne comprend pas pourquoi je ne stress pas plus. C’est le monde à l’envers…

Il y a des moments dans la vie de l’agence où le cash-flow est un peu bas parce que nos clients ont parfois des délais de paiement très longs, et du coup, je stress un peu quand je dois attendre quelques jours avant de payer l’une des personnes qui travaille avec moi. Mais c’est relativement rare. Autant j’ai été un panier percé dans mon adolescence, autant devenir chef d’entreprise a fait de moi une fourmi. Donc, j’ai presque tout le temps un « matelas de sécurité ».

Si je stress, je respire profondément et j’essaie de me demander s’il y a quelque chose que je peux faire là, maintenant, tout de suite. Le cas échéant, je le fais, et ça me soulage de me dire que j’ai fait mon possible. Si non, je me dit que stresser ne fera pas avancer les choses, et que ça va me pourrir la journée. Donc, je me concentre sur les choses qui sont en mon contrôle, et je me dis que je gèrerai le sujet qui me stress quand le moment sera venu.

Quelle est la plus grande joie liée à ton style de vie ?

J’ai défini ce que le mot “Liberté” voulait dire pour moi: je fais ce que je veux. Où je veux. Quand je veux. Je gagne plus d’argent que ce que j’aurais imaginé, je me fais plus plaisir, je vis plus d’aventures. Je vis ma vie de rêve, aussi cucul que cela puisse sonner.

Qu’est-ce qui te fait vibrer en ce moment ?

Aujourd’hui c’est la possibilité de ne pas avoir à me soucier de mon propre bien-être et de pouvoir consacrer mon temps et mon énergie à accompagner d’autres personnes sur le même chemin.

J’ai passé une certification de coach ICF (International Coaching Federation) car les moments où je suis en one-on-one avec quelqu’un a essayer de les aider à trouver comment se réaliser sont les moments où je me sens le plus utile. 

Y-a-t-il une chose que peu de gens savent sur toi?

À ce stade, beaucoup de gens savent beaucoup de choses sur moi. Je suis un peu un livre ouvert. Mais, il y a bien toujours une petite anecdote ici et là qui pourrait les surprendre. Allez, en voici une pour la route….

À l’âge de 15 ans, j’ai soumis un manuscrit lors d’un concours proposé par les éditions Harlequin (si, si…) et j’ai vu ma nouvelle publiée dans l’un des livres de leur collection pour ados. J’ai gagné un peignoir de bain et la fierté, depuis, de pouvoir dire que je suis un auteur publié. 😂

Quel achat de moins de 100€ a le plus amélioré ton quotidien ces dernières années ?

Un set de 24 marqueurs Sharpies aux couleurs de l’arc-en-ciel. Je les utilise pour prendre des notes et avoir toutes ces couleurs différentes me donne une vraie forme de clarté. En plus c’est plein de gaité et ça, ça fait toujours du bien au quotidien.

Si tu avais un conseil à donner à quelqu’un qui veut vivre et travailler différemment, ce serait quoi?

Ta définition du mot Liberté, c’est la tienne ; que tu veuilles te réveiller dans une yourte au milieu d’une forêt, que tu veuilles naviguer sur tous les océans du monde, que tu veuilles prendre une année sabbatique avec ta famille pour faire le tour du globe…

La liberté pour toi signifie peut-être le droit de vote, le droit à l’enseignement, peut-être que ça signifie le droit d’être célibataire, ou mariée, d’avoir une grande maison, ou pas du tout de maison…

Une fois encore, c’est une simple question de choix: à quoi veux-tu que ta vie ressemble? Quelle est ta définition du mot Liberté? Quel est ton plan pour y arriver?

Finis cette phrase: “La liberté c’est…”

La liberté, c’est de pouvoir donner du sens à ce qu’on fait.

Où les lecteurs peuvent-ils te trouver ?

Sur mon site perso: audreyjulienne.com, sur LinkedIn et sur les autres réseaux sous la marque UntiedAudrey.

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